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Etats Généraux


Pour des Etats Généraux ouverts à la société

Militants politiques, délégués syndicaux, bénévoles associatifs, tous très engagés dans l’organisation de la vie collective, « encaissons » avec gravité la montée de l’abstention et des populismes à toutes les élections, depuis plusieurs années. Devons-nous baisser les bras, avec ce retour très sévère de la société par rapport à notre engagement ? Nous avons pourtant la conviction que le besoin et le désir de démocratie n’ont pas diminué. L’intensité croissante de notre engagement ne suffit pas. Nous devons aussi agir différemment.

Le premier secrétaire a proposé d’organiser des états généraux du parti socialiste à la fin de cette année. Attachés à l’utilité de cet événement, nous souhaitons formuler ici quelques conditions de sa réussite.

À l’opposé d’une assemblée de copropriétaires du parti, les états généraux doivent, pour être utiles, être ouverts à la société. Cette ouverture est d’ailleurs devenue irréversible depuis le succès des primaires citoyennes. Si les états généraux devaient se résumer à des manœuvres plus ou moins opaques d’appareil, autant abandonner tout de suite l’espoir de re-mobiliser nos militants, nos ex-adhérents, et encore moins nos sympathisants et nos électeurs de 2012.

Pour être ouverts à tous, les états généraux doivent inaugurer de nouvelles méthodes. L’organisation de notre production collective appartient au XXe siècle ; elle est le miroir d’une structure pyramidale de la société qui a largement disparu. Pour participer à nos travaux, il faut à la fois les codes, une technicité et une abnégation qui rebutent de plus en plus nos concitoyens.

À l’inverse, en dehors de notre parti, la constitution de collectifs engagés et mobilisateurs suit d’autres règles et utilise d’autres méthodes, plus accessibles, plus adaptées à la volatilité mais aussi à la diversité de l’engagement. Il s’agit d’utiliser, sans les fétichiser, les technologies du numérique. Quelle légitimité aurions-nous à vouloir moderniser notre société si nous renonçons aux méthodes qui permettent d’impliquer plus intensément un plus grand nombre de citoyens ?

Les états généraux ne peuvent être la simple ratification d’un texte national, la recherche du plébiscite d’une ligne politique ou la seule contestation des décisions de la majorité depuis 2 ans.

Ouverts à la société : les états généraux du PS devront être ancrés dans la vie. Pour mobiliser, nos discussions doivent porter sur la réalité que vivent les Français. Rappelons que le parti socialiste a toujours tiré sa vitalité de son engagement dans les dynamiques sociales réelles ; il ne l’a jamais trouvée dans des abstractions comptables ni dans des persistances nostalgiques.

L’ouverture et notre confrontation au réel réclame aussi et surtout de couper court à la tentation de centrer nos débats sur le parti socialiste lui-même ou sur « l’état de la gauche ». Notre histoire centenaire est respectable, instructive, et reste une source de fierté pour nous. Mais c’est l’engagement pratique des hommes et des femmes, ici et maintenant, qui donne son énergie politique au parti socialiste, c’est leur engagement légitime à réclamer plus de considération, plus de reconnaissance, c’est leur soif d’émancipation pour eux-mêmes, pour leurs collègues, pour leurs voisins, pour leurs enfants.

Notons d’ailleurs que ces dynamiques ne s’arrêtent pas à nos frontières nationales. Il est urgent d’ouvrir nos discussions à nos concitoyens européens, engagés eux aussi dans ces mêmes revendications et à ouvrir nos réflexions sur l’état réel du monde.

Le parti socialiste n’est pas un « parti protestataire » : il ne fuit jamais le scrutin démocratique majoritaire. Son rôle dans les dynamiques sociales est précisément de leur offrir un débouché politique, de formuler les exigences normatives qui sont présentes, en creux, dans la protestation, et les faire accepter à une majorité, qui, peut-être, n’y a pas un intérêt personnel.

Ceux qui se disent « réalistes » pensent que personne n’ira contre son intérêt personnel et qu’il faut se faire à l’idée d’une société régie par ce calcul individuel. L’expérience réelle des dynamiques sociales oppose un démenti cinglant à cette vision. Le rôle du parti socialiste n’est pas de gagner des élections pour éteindre les dynamiques sociales sous des recommandations données par d’autres, qui se tiennent en dehors de nos sociétés. D’ailleurs, nous ne gagnerons plus d’élection si nous faisons primer le réalisme sur la réalité.

Le choix de nos thèmes de débat doit par conséquent découler de l’expression des réalités vécues par les Français, sans chercher à esquiver les problèmes.

Elles naissent parfois d’une expérience de l’injustice. Vivre l’expérience du racisme, du sexisme, de la prédestination sociale. Ne recevoir aucune reconnaissance de sa capacité de travail. Se sentir traité comme un objet par des professionnels de santé. Être convaincu qu’on n’a pas sa place à l’école…

Les dynamiques naissent parfois de peurs. Peur de l’impuissance de l’autorité, peur de l’empoisonnement alimentaire ou environnemental, peur de se faire imposer un mode de vie différent « chez soi », peur de ne pas pouvoir subvenir à ses besoins, de ne pas pouvoir protéger ses enfants, peur de l’incertitude et du progrès, peur de l’assistanat, peur que les autres soient plus entendus que soi, peur de la complexité…

Ces thèmes ne nous mettent pas toujours à l’aise, ils sont souvent contradictoires. Si nous voulons reprendre pied dans la discussion avec nos contemporains, européens ou non, ce sont pourtant ces expériences subjectives que le parti socialiste doit considérer, avec sérieux et respect. Ces thèmes doivent impérativement trouver leur place dans nos débats.

En tant que « parti de gouvernement », il doit le faire dans une perspective d’action, c’est-à-dire dans une ouverture sur l’avenir qui reste à écrire.

Nos travaux sont souvent marqués par une confusion entre ce sur quoi on peut agir et ce qui s’impose à nous. La démographie, le climat ou la croissance faible sont portés par des tendances longues, certaines, sur lesquelles nous aurons peu d’influence à un horizon de vingt ans.

À l’inverse, d’autres systèmes conditionnent aussi notre vie collective, sur lesquels notre action peut être plus décisive : la régulation fiscale, par exemple, ou les relations internationales. Deux générations ont conduit la construction européenne comme une réponse à l’incertitude de la marche du monde – et nous voyons aujourd’hui que la paix et la prospérité ne sont jamais acquises. Notre génération sera-t-elle la première à renoncer, comme l’a illustré notre faible de mobilisation dans la campagne dernière, sera-t-elle la première à revoir le spectre du conflit revenir à nos frontières ?

Chacune de nos campagnes électorales nous a conduits à tabler sur des hypothèses trop optimistes quant à des facteurs que nous ne maîtrisons pas, et au silence quant aux facteurs que nous pouvons influencer. Sans résignation, nous devons nous préparer à plusieurs scénarios, notamment en matière de croissance de l’emploi et des salaires à moyen terme. Sans cette projection sérieuse dans l’avenir, nous ne pourrons redonner son « modèle » à la France – passer de l’État-providence à l’État-garant, par exemple, c’est-à-dire refuser l’assistanat sans détruire la sécurité sociale. C’est pourtant une condition pour que la France reprenne sa place et sa capacité d’entraînement au sein de l’Europe, avec le bassin méditerranéen, l’Afrique…

Les états généraux doivent offrir ces socles communs aux discussions qu’ils vont lancer. Dans notre 

 

Philippe Baumel, Gwenegan Bui, Olivier Dussopt, Arnaud Leroy et François Pupponi

 


15/09/2014
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14/09/2014
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