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De quoi Zemmour est-il le nom ?

On s’en veut d’avoir à parler du livre d’Eric Zemmour. Mais, le tintamarre médiatique qu’il y a autour de celui-ci et le succès de vente qu’il rencontre crée un fait politique. À juste titre, les commentateurs ont relevé nombre d’erreurs, de fait, et d’inexactitudes historiques. Mais, là n’est évidemment pas l’essentiel. Le Suicide français est un objet idéologique qui entend donner une interprétation globale aux inquiétudes et aux peurs qui traversent une part de l’opinion française. Au lieu de tenter d’expliquer le monde et de voir ce que peut faire la France pour y jouer son rôle, Eric Zemmour, s’inscrivant dans une tradition complotiste – particulièrement bien représentée dans l’histoire – voit tous les problèmes de la France résultant de l’action conjointe et pêle-mêle, des européistes, des sociaux-démocrates de tout poil - puisque, par là, l’auteur entend aussi bien Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac et François Hollande ! -, des lobbys homosexuels, des mouvements féministes, tous représentants des élites contre le peuple…

Nous aurions tort, cependant, de nous en arrêter là. Car les procès de la liberté des mœurs, et donc de l’individu moderne, des droits de l’homme et de la « société métissée », de l’immigration, et tout particulièrement de l’Islam, de l’égalité et, finalement, de la démocratie ont une longue tradition dans notre histoire politique. Toutes ces figures – à quelques nuances près, l’anti-islamisme remplaçant aujourd’hui l’antisémitisme – ont été inaugurées par l’extrême droite nationaliste, à la fin du XIXème siècle. Les historiens de l’extrême droite ont souvent remarqué que le fonds de l’idéologie des différents mouvements qui l’ont incarnée a été fortement structuré par la pensée de Charles Maurras. Certes, il ne s’agit plus, aujourd’hui, de promouvoir la monarchie. Mais, Maurras a donné une logique à la pensée réactionnaire. Son opposition du « pays réel » face au « pays légal » se retrouve dans tous les mouvements de contestation de la démocratie républicaine. Surtout, la notion d’antiFrance - Maurras en distinguait quatre : les juifs, les francs-maçons, les protestants, les méteques - forge un nationalisme d’exclusion qui s’affirme aujourd’hui. Les extrêmes droites populistes ajouteront à ce noyau un discours social pour élargir leur influence dans les catégories populaires. Mais, le legs est bien là et nourrit – dans toutes les résurgences de l’extrême droite dans notre pays – l’aspiration à un pouvoir personnalisé et hiérarchisé, fondé sur une légitimité de nature plébiscitaire. Il n’est donc pas surprenant qu’Eric Zemmour porte aux nues Bonaparte ! Le travail idéologique du Club de l’Horloge et du GRECE, dans les années 1970 et 1980, ont transmis cet héritage à l’actuelle génération d’intellectuels de l’extrême droite.

Il est ainsi utile de savoir ce que l’on a face à soi. La crise sociale, qui s’est approfondie depuis 2008, et l’interrogation identitaire, qui entretient les rejets et les peurs, rendent la matrice idéologique des pamphlétaires de l’extrême droite dangereuse. Car, à la différence des moments historique passés, l’extrême droite, sous la figure du Front national, n’est plus un mouvement intermittent. Elle s’est installée dans la durée. Elle est, par elle-même, un facteur de crise politique. Accuser les divisions, accroître les peurs, proposer une France repliée sur ellemême, ce sont les effets du livre d’Eric Zemmour. C’est le programme du Front national.

Alain BERGOUNIOUX

 



29/10/2014
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