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La casse du droit du travail



Réforme du code du travail : comme socialiste je suis atterré. Comme chef d'entreprise je suis dépité.

Mon problème ce n’est ni le code du travail, ni le CDI, ni les heures supplémentaires, ni les cotisations sociales.

 

Mon problème c'est que le MEDEF et la CGPEM, soumis à aucun scrutin syndical mais tout de même censé être les portes voix des entreprises comme la mienne, défendent des dispositions qui ne profiteront qu’aux actionnaires des grandes entreprises.

 

Mon problème ce sont les salaires trop bas et la consommation en berne. Notre outil industriel n’est exploité qu’à 70% de ses capacités et les entreprises de services comme la mienne fonctionnent au ralenti.

 

Mon problème c'est que je ne me bats pas à armes égales avec mes concurrents qui se lavent les mains des règles du monde du travail. Comment être concurrentiel face à des gens qui ne déclarent pas une partie de leurs salariés, qui font du « black », ne payent pas les heures supplémentaires (ou le font de la main à la main), ne respectent pas la convention collective, … Ce dumping social et fiscal leur permet de tirer les prix vers le bas tout en ayant des pratiques commerciales déloyales. Si cela est possible c’est parce que depuis des années les décideurs politiques de gauche comme de droite ont désarmé les organismes de contrôle garant de la sécurité du travail et de la consommation. Depuis la Révision Générale des Politiques Publiques (en particulier le non remplacement d’un départ à la retraire sur deux dans la fonction publique) et à cause des différents plans de rigueur, l’inspection du travail, la DGCCRF, l’administration fiscale n’ont plus les moyens de contrôle nécessaire transformant notre économie réelle en far west où tout est permis.

 

Mon problème ce sont les grandes entreprises comme Peugeot ou Sanofis qui font du chantage aux délocalisations à l’État ce qui leur permet de faire baisser leurs taux d’imposition à 6 ou 8% là où les artisans, les TPE et les PME reversent 33 % de leurs bénéfices à l’administration fiscale. Il n’y a plus de justice fiscale quand des Groupes comme Total ou Vinvendi ne payent quasiment aucun impôt en France mais touchent des millions de CICE.

 

Mon problème, ce sont ces géants de l’internet comme Google ou Paypal qui  détiennent le pouvoir de vie ou de mort sur grand nombre de société dont les commandes dépendent de plus en plus du net. En plus de se livrer à un véritable racket, elles s’exonèrent d’impôt ou de TVA en France via d’habiles montages fiscaux et en se basant dans des pays  européen comme l’Irlande ou le Luxembourg.

 

La réforme du code du travail ne changera rien pour mon entreprise et d’une façon générale ne créera pas un seul emploi. Au contraire. Elle en détruira à un moment ou les suicides professionnels et les accidents du travail repartent à la hausse. Elle permettra surtout aux grands groupes de casser 150 ans d’acquis sociaux par le chantage référendaire à l’emploi. Elle ne changera rien à la situation d’injustice fiscal entre les grandes et les petites entreprises ni à l’impunité sociale dont jouissent les grands trusts internationaux qui ne sont soumis à aucune loi et à aucun Etat.   

 

Le problème fondamental c’est la bataille menée contre notre modèle sociale. Les réactionnaires eux ont bien compris que la lutte des classes n’est pas fini. Alors plutôt que de reculer devant ceux  qui veulent nous ramener au 19eme siècle je préfère défendre le partage du temps de travail, la fiscalité progressive des entreprises et l'augmentation générale des salaires. 

 

L’année dernière, je suis devenu chef d’entreprise. Après avoir travaillé quatre ans comme cadre pour un groupe de transport j’ai repris, avec le soutien des salariés, une partie des activités dont il voulait se séparer pour des raisons économiques. Je suis à la tête d’une entreprise de 20 salariés qui propose des services de parking et de transports autour du plus grand aéroport parisien. Chaque jour, nous travaillons pour faire vivre notre entreprise malgré les difficultés et un contexte économique tendu. Cette réforme ne nous aidera en rien. Au contraire.

 

La gauche doit retrouver ses fondamentaux avant que les Français n’en appellent à d’autres qui n’auront ni le souci de la justice, ni de l’équité.   

 

Anthony Gratacos, 31 ans, Président de la SAS Gratacos Père et Fils en Seine et Marne. 



18/02/2016
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